Recherche en cours…
juin 2026
Céramique, la poudre magique
La céramique possède toutes les qualités recherchées par l’horlogerie : belle, homogène, légère, toujours à température ambiante, inrayable, inaltérable. Mais c’est ici le fruit d’une R&D très poussée qui transforme cette poudre légère en un matériau quasi parfait.

Jusqu’à quand peut-on dire d’un matériau qu’il est « nouveau » ? On considère souvent, à tort, que la céramique a ce statut. Il est vrai que, par rapport au laiton, au maillechort, à l’acier ou à l’or, elle est d’une insolente jeunesse. Mais se limiter à son usage horloger serait un peu court : l’emploi de la céramique remonte… au Paléolithique ! Naturellement, les amas de terre humide et de limon d’alors n’ont plus grand-chose à voir avec les poudres high-tech calibrées au micron près que l’on utilise aujourd’hui. Toutefois, le procédé de fabrication reste sensiblement le même : une poudre qui, chauffée à très haute température, devient dure et étanche.
Les difficultés de la céramique horlogère sont de trois ordres : lui donner une forme, une finition, et une couleur. La forme procède de l’usinage. Il est peu aisé car la céramique est extrêmement résistante – c’est d’ailleurs pour cela qu’on l’apprécie mais, pour la découper, l’emploi de machines à commandes numériques (CNC) est indispensable. La finition, à l’inverse, est toujours manuelle. Elle permet d’obtenir un polissage brillant, puisque l’on apprécie la matière pour son éclat. Au besoin, il peut aussi être mat. Enfin, la couleur. C’est encore là que se trouve la marge de progression. CHANEL l’a popularisée en noir (2000), en blanc (2003), puis en bleu (2025). Hublot, de son côté, a développé un spectre bien plus bigarré, du vert au rouge en passant par le jaune ou l’orange.

Les pionniers
L’usage de la céramique horlogère semble remonter à OMEGA au début des années 1980. La Seamaster Black Tulipe valait, à l’époque, cinq fois le prix d’une Seamaster ordinaire ! La céramique était alors fixée sur une base en acier. C’est à IWC Schaffhausen et à Zenith que l’on doit, quelques années plus tard, la première boîte entièrement en céramique, sur le modèle Black Da Vinci pour la première. À partir de 1986, Rado se distingue en faisant une utilisation systématique et généralisée de la céramique sur tous ses modèles. C’est toujours le cas aujourd’hui. La céramique est dorénavant d’usage courant, notamment sur les lunettes des montres sportives.

La première céramique bicolore au monde
Obtenir une céramique de couleur parfaitement opaque et homogène est plus délicat qu’il n’y paraît car, au départ, il s’agit d’une poudre. Dans ces conditions, concevoir une céramique à deux couleurs semblait impensable ! Hublot a pourtant relevé le pari. Cette année, la manufacture de Nyon a dévoilé la Magic Ceramic. Chaque pigment utilisé pour colorer le matériau est soumis à différentes températures au cours des processus de cuisson et de moulage des composants. Le défi consiste donc à trouver l’équilibre parfait pour obtenir un résultat homogène et irréprochable. Un secret jalousement protégé par un dépôt de brevet.

Une échelle à toute épreuve
La céramique n’est pas seulement réputée incassable : elle le prouve ! L’échelle utilisée pour quantifier la dureté d’un matériau est l’échelle de Mohs. Inventée en 1812 par le minéralogiste allemand Friedrich Mohs, elle mesure la dureté des minéraux. Elle est basée sur dix minéraux facilement disponibles, classés du plus tendre au plus dur. Au sommet de la pyramide se trouve le diamant. Tout en bas, une poudre simple, comme le talc. La céramique, elle, offre une dureté qui se situe en règle générale à 7 sur 10. C’est un score très élevé. À titre de comparaison, l’acier ne dépasse pas 5.
La céramique en 6 étapes
| 1. Sélection de la poudre de céramique à l’état brut (souvent de l’oxyde de zirconium) |
| 2. Moulage par injection sous haute pression, frittage jusqu’à 1500 °C |
| 3. Usinage par CNC |
| 4. Meulage à la poudre de diamant, seule matière plus dure pouvant en façonner la géométrie |
| 5. Polissage à la poudre abrasive pour donner éclat et brillance |
| 6. Assemblage des composants obtenus |